Réalité virtuelle, réalité augmentée, « deep fake », « generative AI »… la technologie brouille les lignes et semble remettre en cause les fondations de notre compréhension du monde. Si une image générée artificiellement en quelques seconde paraît aussi réelle qu’une prise de vue faite par un photographe professionnel, à quoi peut-on encore se fier ?
Loin de moi l’idée de clore un débat qui reste nécessaire quant au cadre à donner aux avancées technologiques phénoménales dans ces domaines encore émergents, mais peut-être est-il temps de se reposer une des questions de prédilection des philosophes au fil des siècle : qu’est-ce que la réalité ?
Pour une fois, laissons de côté Platon et son allégorie de la caverne, pour nous intéresser à des travaux un peu plus actuels (même si, pour mes plus jeunes collègues, le XXe siècle n’est guère plus récent que le IVe siècle avant JC). Pour approfondir ce qui suit et ouvrir bien d’autre pistes de réflexions, je ne peux que recommander des lectures comme l'ouvrage de Paul Watzlawick: “La réalité de la réalité - confusion, désinformation, communication“ ou “L’invention de la réalité – contributions au constructivisme", un recueil collectif dirigé par le même auteur.
Revenons à notre désarroi devant la menace que fait peser une possible manipulation de la réalité. Implicitement, une grande partie de ce débat repose sur le postulat qu’il existe une réalité objective que des sens plus ou moins aiguisés et un raisonnement plus ou moins affûté permettent de saisir avec plus ou moins de précision. C’est un peu comme si notre perception et notre esprit n’étaient que les éléments passifs qui permettent de capter une réalité qui est celle de tout le monde. Dans cette conception du monde, si une incompréhension surgit, c’est que la perception est biaisée, perturbée par un quelconque bruit ou que le cerveau qui en reçoit et stocke le résultat est soit déficient, soit de mauvaise foi. Un peu comme si, pour une meilleure compréhension du monde il suffisait d’augmenter notre «résolution cognitive» pour la faire passer de 16 à 32 MP. La «réalité» est quant à elle, une et indiscutable. N’y touchons pas.
Mais… si je vous disais que la réalité n’est jamais qu’une construction constamment en mouvement, un tour que nous joue en permanence notre esprit ? Si je vous prouvais que même sur des données objectives et simples notre cerveau ne pouvait s’empêcher d’ajouter « sa propre sauce » à un contenu pourtant non-négociable ? Je n’évoque même pas ici les illusions d’optiques ou autres tromperies perturbantes de nos sens faillibles (c’est un daltonien qui vous en parle), mais bien d’un exercice brut d’acquisition d’informations élémentaires par la lecture d’un texte dérisoirement court.
Si toute réalité est construite, le concept de réalité « virtuelle » a-t-il encore un sens ? Notre cerveau n’est-il déjà pas en permanence en train de nous servir de la réalité « augmentée » ? Si tel est le cas, en quoi cela influence notre pratique de consultant et notre communication ?
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